Un dodo a survécu. Il s'est assis sur un banc, il a ouvert un carnet — et il vous regarde.
Ici, un dodo a survécu. Pas l'empaillé du musée : un vrai, vieux et tendre, qui a vu passer les Hollandais, les Français, les Anglais, les sucriers, les politiciens et les touristes — et qui, perché, prend des notes.
On ne se moque de personne en particulier, on se moque de tout le monde : du Franco-Mauricien nostalgique, du politicien qui coupe des rubans, du Français rouge coquelicot qui râle depuis vingt ans sans repartir, et de toi qui lis.
On rit des manières, des vanités, du « dann le temmps ». Mais on s'incline devant ceux qu'on ne regarde jamais — la dame qui sert le thé, le maçon, le gardien que personne ne nomme.
Le but n'est pas de blesser. C'est de faire réfléchir en faisant rire. Si tu te reconnais, c'est gagné.
— Le Dodo
Le dernier. Il regarde, et il prend des notes.
Nostalgique d'un monde qui ne l'a jamais aimé en retour.
Travaille tant qu'il en a oublié de vivre.
Coupe des rubans. Surtout les siens.
Râleur le matin, heureux à midi, reparti à la vague.
Voit tout. Ne dit que l'essentiel.
Le sage de la tabagie. Il a tout vu, deux fois.